A la recherche de l’âme latine pt.1.

Âme : du latin « anima », « souffle, respiration ». Principe vital et spirituel, immanent ou transcendant, qui animerait le corps d’un être vivant.

Le terme « latin », lui, renvoie à des réalités multiples. S’il est substantiellement sûrement plus difficile de parler d’ « âme » que de culture latine, cette dernière a été si prévalente, pendant si longtemps, qu’elle évoque aujourd’hui tellement de choses différentes. Le « latin », c’est la langue, c’est l’alphabet, c’est le lover, c’est l’Église, c’est le droit, c’est le territoire, c’est l’Amérique, et c’est l’habitant du « Latium ». Cette dernière désignation, la moins extravagante, apporte toutefois un élément de définition important. Le « Latium », c’est cette région centrale de l’Italie, où se trouve Rome. Parce que Rome est notoirement le centre du Monde, et que tous les chemins y mènent, c’est logiquement que les Romains ont baptisé leur territoire de « notre Terre ».

Latium. Notre Terre. Qui est aux cieux.

L’âme latine, c’est donc le souffle de la terre.

Lorsqu’on lui accole l’adjectif « latin », l’on donne à l’âme un nouveau territoire de repos. Elle qui, dans sa déclinaison saxonne, « appartenait à la mer/au lac », greffe ses poumons dans le sol.

Par synesthésie, la terre évoque des sons primitifs et des couleurs chaleureuses : le marron, l’ocre, et la tuile. Elle est nourricière, rustique, et sale. Elle est modelée par les vents, les pluies, et surtout par le Soleil. Dans la gestuelle des locuteurs italiens, dans les ruelles étroites des villes du Sud, dans la nourriture riche, grasse, et parfumée de la Méditerranée, dans les danses andalouses, l’on reconnaît toutes ces influences.

Est-ce un même souffle qui anime donc la moitié Sud de l’Europe, et par extension l’Amérique Latine ? J’ai des amis qui se décrivent comme des « latins » ; d’autres comme des « purs produits du Sud ». Est-ce qu’ils sont mû (et émus) par la même vérité ? Est-ce universel de, comme moi, pleurer sur un fado, sans même en comprendre un mot, parce qu’il touche une corde sensible, indéfinissable ?

Plus que l’Histoire, le bon vin, les belles femmes, les beaux vêtements, c’est la Dolce Vita qui continue d’attirer en Italie des hordes de touristes, et qui fait que je fantasme jour et nuit à l’idée de poser mes bagages dans la campagne toscane. La Dolce Vita, c’est le mérite de l’âme latine ; animés par la terre, nos corps latins se délectent de ses dons, se dorent au Soleil, souvent jusqu’à l’oisiveté et l’excès. C’est qu’ils sont trop attachés à la vie pour même entrevoir la mort.

L’âme germanique a ses vertus ; elle est plus puissante, plus conquérante, plus brave. Elle ne s’inquiète pas de l’inhospitalité, du froid, des fonds marins. L’âme latine est lente ; elle vit pour pousser ses racines dans la familiarité et l’abondance. Empiriquement, il est facile de comprendre pourquoi l’âme germanique a le dessus. Mais l’âme latine aura toujours aux yeux du Monde le monopole de la suavité. Son berceau – l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal – continuera donc de fleurir, tant qu’en son sein l’on célébrera, au-dessus de toute autre force, la joie de vivre.

Anima-Latina-cover

Pardonnez-moi cette envolée lyrique, et appréciez plutôt, en pt.2., le magnifique « Anima Latina » de Lucio Battisti, où Mogol, en quelques bribes de mots, nous révèle le grand secret de l’âme latine, déferlant sur les favelas, et instillant de la vie dans la misère.

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